Le Rhône

Le Rhône, fleuve historique de la Suisse et de la France et l’une des plus importantes voies navigables d’Europe. C’est le seul grand fleuve qui se jette directement dans la mer Méditerranée et il a un caractère tout à fait alpin. A cet égard, il se distingue nettement de son voisin du nord, le Rhin, qui laisse toutes ses caractéristiques alpines derrière lui lorsqu’il quitte la Suisse. Le cours pittoresque et souvent sauvage du Rhône, les caractéristiques de l’eau qui y coule et l’utilisation qu’en font les hommes ont tous été façonnés par les influences des montagnes, jusqu’à l’embouchure du fleuve, où les sédiments marquant la naissance du Rhône dans un glacier alpin sont transportés dans les eaux plus chaudes de la Méditerranée.

Le Rhône a une longueur de 813 km et un bassin versant de 97 775 km2. Le cours du fleuve peut être divisé en trois secteurs, situés respectivement dans les Alpes, entre les Alpes et le Jura et à travers ce dernier, et enfin dans le sillon topographique d’origine alpine allant de la ville de Lyon à la mer.

Caractéristiques physiques

Physiographie

Le Rhône prend sa source dans les Alpes suisses, en amont du lac Léman. Il apparaît à une altitude d’environ 1 830 mètres (6 000 pieds), émergeant du glacier du Rhône, qui descend le flanc sud du Dammastock, un sommet de près de 3 700 mètres (12 000 pieds). Le fleuve traverse ensuite le bassin de Gletsch, d’où il s’échappe par une gorge, et coule au fond de la vallée de Goms à une altitude comprise entre 4 000 et 4 600 pieds (1 200 et 1 400 mètres). Il pénètre ensuite dans une autre gorge avant d’atteindre la plaine du Valais, qui s’étend entre les villes de Brig et de Martigny, et descend à une altitude de 2 300 à 1 600 pieds (700 à 500 mètres). En traversant cette région montagneuse haute et accidentée, la rivière utilise successivement deux fosses structurelles : la première passe entre deux anciens massifs de roches cristallines – l’Aar et le Gothard – et, plus loin en aval, la seconde passe entre le massif rocheux voûté des Alpes bernoises et, au sud, la massive paroi rocheuse des Alpes pennines. A partir de Brigue, le paysage change. Au cours de la dernière période glaciaire, un grand glacier, alimenté par plusieurs petits, a creusé le fond de la vallée du Valais et, à l’exception de quelques obstacles rocheux plus durs trouvés près de la ville de Sion, a réussi à élargir et à approfondir l’étroit fond de la vallée. Ce faisant, il a retenu à la fois le haut Rhône et ceux de ses affluents qui descendent des Alpes Pennines. Lorsque les glaces se sont retirées, les affluents – Vispa, Navigenze, Borgne et Drance – et le Rhône ont creusé de nouvelles gorges profondes pour relier leurs cours inférieurs au nouveau fond de la vallée. Ces gorges ont créé des difficultés considérables pour les transports modernes, nécessitant une série de liaisons routières en épingle à cheveux.

Après Martigny, où le fond de la vallée est plus large, le jeune Rhône se dirige vers le nord à angle droit, traversant les Alpes par une vallée transversale. Au début, près de la ville de Saint-Maurice, ce n’est qu’une petite gorge, mais elle devient vite plus large et plus plate. Là aussi, le tracé de la rivière a été favorisé par des facteurs structurels, notamment par un creux dans les massifs de roches cristallines allant du Mont Blanc à l’Aar et par la discontinuité entre les massifs calcaires des Dents du Midi et de la Dent de Morcles. De l’autre côté de la barrière montagneuse, les eaux boueuses du Rhône pénètrent dans une autre large plaine entourée de hautes montagnes et plongent ensuite dans les eaux plus claires et plus calmes du lac Léman, formant un delta qui s’élargit.

Le deuxième segment du cours du Rhône commence par le lac Léman, grand (580 km2) et profond (300 mètres), situé entre la Suisse et la France dans un bassin creusé dans le terrain moins résistant par l’ancien glacier du Rhône. A la sortie du lac Léman,  le cours du fleuve est détourné vers le sud-ouest, le Rhône retrouve très vite toute la couleur laiteuse si caractéristique des rivières alpines. Juste en dessous de la ville de Genève, il reçoit son puissant affluent, l’Arve, qui descend en vitesse des glaciers du Mont-Blanc.

De sa jointure avec l’Arve jusqu’à la ville française de Lyon, le Rhône doit franchir un obstacle difficile, la série de crêtes ondulantes qui forment les montagnes du Jura. Il le fait en creusant de profondes vallées longitudinales appelées vaux et des vallées transversales appelées cluses, qui se sont formées lors du soulèvement des montagnes du Jura pendant l’orogenèse alpine. Le fleuve suit ainsi un cours en zigzag complexe. Sur la commune de Bellegarde, la rivière est rejointe au nord par la Valserine et, en se tournant vers le sud, elle plonge dans une gorge profonde, aujourd’hui immergée dans le réservoir de Génissiat, long de 22 km. Dans les parties les plus larges de son cours dans cette région, le Rhône traverse des bassins creusés par les glaciers que ses propres dépôts ont à peine remplis, provoquant des zones marécageuses intermittentes. Il est également rejoint par l’Ain, au nord, et, en rive gauche, par le Fier et le Guiers. Le fleuve s’élargit ensuite, le terrain devient moins vallonné, et au Parc (150 km au-dessus de Lyon) devient officiellement navigable, bien que la profondeur moyenne ne dépasse pas trois pieds.

A Lyon, le Rhône entre dans son troisième secteur, en direction du sud vers la Méditerranée, son cours étant caractérisé par le grand sillon alpin nord-sud qui est également drainé par son principal affluent, la Saône. Cette dernière se trouve dans les bassins que les glaciers de la période glaciaire ont creusés entre les montagnes du Jura à l’est et, plus à l’ouest, la bordure orientale du bassin parisien et les hautes terres du Massif Central. Il constitue un lien commercial important avec les régions industrialisées du nord de la France. A partir de la ville de Lyon, le fleuve occupe le creux situé entre le Massif central et les Alpes, un canal par lequel la mer des périodes paléogène et néogène (il y a environ 66 à 2,6 millions d’années) est remontée et qui couvre l’actuelle vallée du Rhône en France. (Il est courant de distinguer deux vallées du Rhône : l’une en Suisse et l’autre en France. La vallée française du Rhône est divisée en deux parties : la haute vallée du Rhône, qui s’étend de la frontière suisse à Lyon, et la basse vallée du Rhône, qui s’étend de Lyon à la Méditerranée). Un plan d’eau, le lac de Bresse, s’étend sur le bassin de la Saône. Dans ce lac s’écoulait un fleuve, le Rhin actuel, qui s’est ensuite écoulé vers le sud à travers la vallée et dans le bassin de la Saône. Des mouvements tectoniques ultérieurs ont provoqué l’inversion de l’écoulement du Rhin, et le Doubs, affluent de la Saône, suit aujourd’hui en partie l’ancien schéma de drainage du Rhin. Il y a environ 5 millions d’années, le golfe de la mer a été soulevé pour exposer la vallée du Rhône (dans la France actuelle), et le lac de Bresse s’est écoulé vers le sud par la Saône.

Bien que le corridor Rhône-Saône repose sur des sédiments déposés au Paléogène et au Néogène, une grande partie de sa surface actuelle est formée de débris déposés par les glaciers de la vallée qui s’étendaient des Alpes à l’époque du Pléistocène (il y a environ 2 588 000 à 11 700 ans). Ces sédiments ont contribué à creuser des canaux profonds en bordure du Massif central cristallin, comme le montrent les exemples de Vienne et de Tain. La basse vallée du Rhône prend donc la forme d’une série de gorges et de bassins, ces derniers présentant souvent une série de terrasses correspondant aux variations des niveaux de glace et de fleuve. Si les affluents – notamment l’Ardèche – qui descendent dans le Rhône depuis le Massif central sont redoutables en crue, les grands fleuves alpins – l’Isère et la Durance, qui rejoignent la rive gauche – sont les plus importants par leur effet sur les dépôts dans le lit du fleuve et sur le volume des eaux. En aval de Mondragon, la basse vallée du Rhône s’élargit, et ce qui était autrefois un paysage marécageux ouvert aux inondations a été régulé par une série de barrages et de canaux.

Le delta du fleuve commence près d’Arles et s’étend sur environ 40 km jusqu’à la mer. Les deux canaux du fleuve, le Grand et le Petit Rhône, entourent la Camargue. Cette région, formée par des alluvions, s’étend continuellement vers la Méditerranée. Les matériaux les plus fins sont transportés par les courants terrestres pour former les cordons littoraux et les bancs de sable qui ferment l’Étang de Berre. Une partie du delta a été réservée à une réserve naturelle, protégeant ainsi les aires d’alimentation et de nidification des flamants, aigrettes, ibis et autres espèces rares. Depuis 1962, la rive gauche de Fos a été transformée en un vaste complexe industriel composé d’installations portuaires, de raffineries, de réservoirs de stockage de pétrole et d’aciéries.

Hydrologie

Le régime d’écoulement du Rhône doit son remarquable volume moyen à l’influence des Alpes. A Lyon, le débit s’élève à 22 600 pieds cubes (640 mètres cubes) par seconde ; la Saône y contribue à elle seule à hauteur de 14 100 pieds cubes par seconde. L’Isère y ajoute 12 400 pieds cubes par seconde. La fonte des neiges alpines donne les débits moyens les plus élevés en mai, tandis que la Saône atteint son maximum en janvier. Les volumes de crue du printemps et de l’automne sont formidables, atteignant 460 000 pieds cubes par seconde pour le Rhône à Beaucaire, juste au-dessus du delta. Ainsi, le Rhône a un débit abondant mais maintient un fort gradient presque jusqu’à son embouchure. A Lyon, par exemple, son altitude est de 170 mètres à 330 km de la mer. Comme en témoigne la taille de la région du delta, le fleuve transporte d’énormes quantités de dépôts alluviaux et est également assez puissant pour traverser une variété de masses rocheuses. De ce fait, le Rhône d’aujourd’hui est bien adapté à la production d’électricité et, bien que difficile à naviguer dans le passé, il est aujourd’hui une voie d’eau importante de la Méditerranée à Lyon.

 

 

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